LE BOURG D'OISANS-SESTRIERES (Ita), 182 km

Glandon (1924) -> Coppi
Croix de Fer (2085-1) -> Coppi
Galibier (2556-1) -> Coppi
Montgenèvre (1860-3) -> Coppi
Sestrières (2033-2) -> Coppi
1. Fausto Coppi en 6h36'59" (Moy : 27.507 km/h)
2. Ruiz à 7'09"
3. Ockers à 9'33"
4. Le Guilly à 9'56"
5. Bartali à 10'09"
6. Close à 10'11"
7. Robic à 11'24"
8. Molineris à 14'45"
9. Weilenmann à 14'46"
10. Wagtmans à 15'39"
11. De Hertog à 15'49"
12. Geminiani à 17'28"
13. Dotto à 17'29"
14. Bertaina à 17'30"
15. Carrea à 17'41"
16. Van Ende à 18'55"
17. Lazaridès à 19'48"
18. Rolland à 19'52"
19. Gelabert à 19'53"
20. Bauvin à 20'36"
21. Magni à 20'48"
22. Zelasco à 22'35"
23. Deledda à 22'50"
24. Neyt à 23'01"
25. Lauredi à 23'40"
Gauthier e.a
27. Nolten à 24'59"
28. Goldschmit à 25'14"
29. Rossinelli à 26'50"
30. Vitetta à 28'12"
31. Lafranchi à 28'25"
32. Pezzi à 28'59"
33. Rémy à 29'53"
34. Vivier à 30'13"
35. Roks à 30'24"
36. Lapébie à 30'38"
37. Baroni à 32'19"
38. Teisseire à 32'21"
39. Delahaye à 32'28"
40. Franchi à 32'33"
41. Rosseel à 32'34"
42. Decaux à 32'47"
43. Voorting à 34'14"
44. Bianchi à 34'29"
45. Serra à 35'19"
46. Goedert à 35'54"
47. De Gribaldy à 36'41"
48. Martini à 38'47"
49. Kebaili à 39'03"
50. Corrieri à 39'04"
51. Masip
52. Scardin
53. Malléjac à 39'05"
54. Perez à 39'07"
55. Bresci à 39'08"
56. Bonnaventure
57. Fernandez à 39'41"
58. Trobat à 39'42"
59. Rotta à 39'49"
60. Milano à 41'08"
61. Crippa à 41'09"
62. Decock à 41'10"
63. Pezzuli
64. Mirando
65. Quentin à 42'02"
66. Gil à 42'08"
67. Van Est à 43'03"
68. Bernard à 43'28"
69. Pardoen à 43'31"
70. Renaud à 44'18"
71. Bintz à 44'50"
72. Giguet à 45'04"
73. Telotte
74. Marinelli à 48'06"
75. Dekkers à 48'09"
76. Faanhof à 49'07"
77. Van Breenen à 49'08"
78. Soler à 49'09"
79. Sabbadini à 49'23"
80. Spühler à 50'48"
81. Diggelmann à 51'00"
82. Paret à 54'46" Classement général :
1. Fausto Coppi en 69h26'34"
2. Close à 19'57"
3. Carrea à 20'26"
4. Magni à 25'18"
5. Ruiz à 25'24"
6. Ockers à 25'38"
7. Bartali à 26'46"
8. Lauredi à 31'21"
9. Robic à 32'21"
10. De Hertog à 34'41"
11. Molinéris à 37'03"
12. Weilenmann à 38'25"
13. Géminiani à 39'20"
14. Dotto à 41'35"
15. Gelabert à 46'28"
Vainqueur la veille au sommet de l'Alpe d'Huez, le "Campionissimo"
n'en a pas pour autant creusé des écarts irrémédiables au général. En
effet, ses compatriotes Andrea Carrea et Fiorenzo Magni se trouvent en embuscade
à, respectivement, cinq secondes et une minute et cinquante secondes, alors
que le néo-Français Nello Lauredi, naturalisé en 1948, accuse un débours
de cinq minutes. Les autres, tous les autres, dont "Tête de Cuir"
dixième à plus de dix-huit minutes, sont loin, très loin et inexorablement
écartés de la course au podium. En outre, la condition affiché par l'enfant
de Castellania lors de cette Grande Boucle 1952, est tout simplement ahurissante.
A 33 ans, Fausto Coppi n'a jamais paru aussi maître de son art. Au départ
de cette abominable onzième étape, Bourg d'Oisans-Sestrières, les adversaires
du Transalpin redoutent le pire. En effet, le franchissement dans la foulée
du col de la Croix de Fer, du Télégraphe, du Galibier, du Mont Genèvre et
la montée finale sur Sestrières embrume les esprits et laisse augurer l'ensevelissement
en règle des derniers espoirs de rébellion d'un peloton en pleine phase de
léthargie.
Pourtant, côté Français, le sémillant Marcel Bidot n'en a cure, de la supériorité
de "l'assassin des cimes", et compte bien instaurer enfin l'union
sacré au sein d'une équipe tricolore pour le moins hétéroclite. Disparate,
la formation Française l'était à tout point de vue. La présence en son sein,
de "Biquet" semblait pour bon nombre de grands pontes dont Jacques
Goddet lui-même, une hérésie et gage de tous les avatars présents et futurs.
En vérité, ils n'avaient pas tout à fait tort lorsque l'on se souvient des
frasques légendaires du "Cabochard", dixit Goddet, dans un passé
récent. Mais, d'un autre côté, comment se passer d'un "dynamiteur"
de sa dimension, comment ignorer, ne serait ce qu'un instant, toutes les facettes
d'un talent jamais démenti. En un mot, comment ne pas faire confiance à ce
"Grognard" invétéré et à sa tactique de harcèlement peu commune.
Marcel Bidot, lui, l'a bien compris et malgré les doutes émis par un Louison
Bobet en pleine ascension, il fera de "Tête de Cuir" un coureur protégé
au même titre que Raphaël Geminiani, Lucien Lazarides, Nello Lauredi, Jean
Dotto et que le dernier lauréat du "Lombardie", donc. Pire, le "Génial
Marcel" a intégré, aux côtés du lauréat de 1947, l'immense Robert
Bonnaventure, fidèle parmi les fidèles de Jean Robic. Alors, l'animosité
"ancestrale" qui lie le "Boulanger de St-Méen" au "Nabot
de Radenac" connaîtra t'elle une parenthèse le temps de ce Tour 1952
? Rien n’est moins sûr !
Comme prévu les Français lancent les hostilités dès le col du Télégraphe,
par l'entremise du "minot Armoricain" Jean Le Guilly. Une attaque
sèche pleine d'à propos qui oblige la carcasse dégingandé de Fausto Coppi
à s'employer violemment. Le "Tom Pouce" du Faouët, frisé comme
un mouton, poursuit sa chevauchée initiale. La pédalée est saccadée, heurtée
par moment, mais bougrement efficace. Dans le Galibier, la foule agglutinée
prend fait et cause pour ce jeune présomptueux inconnu qui perdure dans sa
quête insouciante. Les acclamations du public semble irréelles et hissent
littéralement le jeune Finistérien au sommet du monstre Alpin. Derrière,
l'échéance est proche et le "Campionissimo" place alors une mine
inouïe qui irradie public, suiveurs et peloton, par la même occasion. Coppi
s'envole tel un rapace vers sa destiné. Devant, Le Guilly semble coincer. Scotché
au bitume, il est victime, en outre, d'une crevaison inopportune qui le laisse
sans réaction. Sans réaction, le coureur de Ouest-Sud Ouest l'est tout autant,
lorsqu'il aperçoit un "ovni", à la sortie d'un lacet, venir le happer
tel un vulgaire hameçon.
Abasourdi, il contemple, pantois, l'objet non identifié s'évanouir au delà
d'un énièmes virages. Le fantôme en question n'est autre que notre "Campionissimo",
en personne, qui élabore puis exécute un raid dévastateur. Au sommet du Galibier,
Coppi passe avec la bagatelle de deux minutes et trente secondes d'avance sur
le groupe des poursuivants tétanisés. A l'arrière, un trio composé des Français
Nello Lauredi et Lucien Lazarides accompagnés de l'Italien Fiorenzo Magni,
souffre le martyr et sombre définitivement. Devant ce trio déconfit figure
encore le "Grand Fusil" et "Biquet". Les deux Français
font un temps illusions en tentant, tant bien que mal, de résorber l'hémorragie
et de sauver ainsi ce qui leur reste d'honneur. Peine perdue, Raphaël Geminiani
perce dans la descente et disparaît, à son tour. Seul Jean Robic parvient
à tirer son épingle du jeu en passant derrière Fausto Coppi au Mont Genèvre.
"Tête de Cuir" se lance comme un dératé dans la descente mais crève,
malencontreusement, au moment d'aborder une épingle serrée. La poisse poursuit
décidemment nos compatriotes. Comble de malchance, le véhicule de Marcel Bidot
qui se trouve derrière Nello Lauredi tarde à se frayer un passage. Fou de
rage, se sentant cruellement trahi "Biquet" se met à l'ouvrage, seul,
et gonfle à la pompe son boyau récalcitrant. Il renouvellera l'opération
à cinq reprises sans pourtant pouvoir empêcher le dit boyau de perdre de l'air
abondamment. A Sestrières, le "Campionissimo", ovationné par tout
un peuple en liesse, franchira la ligne sept minutes devant Ruiz, neuf devant
"Stan" et ce brave Le Guilly, dix devant "Gino le Pieux"
et plus de onze sur un "Biquet" furibond. Une "boucherie"
! Devant l'écrasante domination du "Prédateur des cimes" Jacques
Goddet doublera la prime du dauphin de "l'Intouchable".
Fausto Coppi, bon prince, ne forcera pas, outre mesure, son talent pour chasser
derrière le Breton de Radenac sur les pentes surchauffées du "Géant
de Provence", un peu plus tard. Fausto Coppi poursuivra son travail de
démolition, jusqu'à Paris, avec une assiduité doublée d'une régularité
de métronome. La punition finale s'avèrera être d'une sévérité rarement
atteinte. Pour preuve, le dauphin du "Maître", Stan Ockers, "éparpillé",
"broyé", "haché menu" se retrouve à une demi-heure !
Qu'ajouter de plus ? A l'arrivée à Paris pourtant, "Biquet" est
remonté comme une pendule Helvète. Cinquième à près de quarante minutes
de sa Majesté Fausto, le Breton s'en prend à la terre entière et bien au-delà
si c'était possible. Loué de toute part, il passe outre. La malchance insidieuse,
persistante et répétitive dont il fut victime et invoqués par tous ne le
calme pas pour autant. L'épisode, au cours duquel il ne fut pas dépanné suite
à une crevaison, l'indispose fortement et il le fait savoir haut et fort à
qui veut l’entendre et même aux autres.
A ce propos, on apprit plus tard que le véhicule de Marcel Bidot, auteur de
tous les maux et mots proférés par "Biquet", fut victime d'une malheureuse
panne de carburant. Indéniablement, en ce 6 juillet 1952, les Français, dans
leur ensemble, ne possédaient ni l'essence, ni les idées pour contrecarrer
les ambitieux mais légitimes desseins du "Campionissimo" !
Michel
Crépel
Tour de France 1952
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