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Le cyclisme a payé
un lourd tribut à l'effroyable boucherie
que fut la guerre 1914-1918.
Lorsqu'on évoque cette funeste période,
la France cycliste pense immédiatement : Lucien Petit-Breton,
François Faber ou Octave Lapize, 3 anciens vainqueurs
de la Grande Boucle mais ce sont plusieurs centaines
de coureurs, connus ou non, pros ou amateurs, routiers
ou pistards (ou les 2), qui firent le sacrifice de leur
vie.
Parmi les
pistards, citons entre autres Marius Thé (routier autant
que pistard), Georges Lutz, Paul Rugère, Albert Delrieu,
Emile Quaissard, abattu à bord de son Spad dans les
lignes allemandes, Paul Gombault, tué lui aussi en combat
aérien en juin 1915, Emile Maitrot, Champion du
Monde de Vitesse Amateurs en 1901, l'anglais Tom Gascoyne,
Léon Flameng, Champion Olympique 1896, victime d'une
chute d'avion début 1917 ou bien encore le si prometteur
Albert Tournié, abattu le 6 septembre 1918 au cours
d'un terrifiant combat aérien et comment ne pas citer
le grand Emile Friol, double Champion du Monde, stupidement
disparu dans un accident de moto en novembre 1916. Que
dire alors du triple Champion du Monde de demi-fond
Georges Parent, plusieurs fois blessé et décoré, cité
4 fois à l'ordre et qui mourut... de la grippe espagnole
3 semaines avant l'Armistice... !
Contrairement
à une légende tenace, Léon Comès et Léon Hourlier ne
sont pas morts au cours ou après un combat aérien. Ils
sont décédés des suites de la chute de leur avion près
de Cuperly alors qu'ils allaient rendre visite au boxeur
Georges Carpentier, lui-même mobilisé dans l'Aviation
à peu de distance des 2 beaux-frères. Les causes de
l'accident ne furent jamais clairement établies. La
rupture brutale de l'hélice demeure l'hypothèse la plus
probable mais aucun avion ennemi n'y fut pour quelque
chose !
Les routiers
payèrent eux aussi le terrible impôt du sang : outre
Petit-Breton, Faber et Lapize, bien d'autres forçats
de la route allongèrent encore ce sinistre inventaire
: le futur "grand" Frank-Henry, dont un pathétique
témoignage de son sacrifice suprême nous parviendra
par compagnons de tranchées interposés, Francis Le Bars,
le jeune frère d'Alfred, Anselme Mazan, le frère de
Lucien Petit-Breton, tué au Bois de La Gruerie en juin
1915 et tant d'autres qu'on ne peut tous les citer...
Le Tour de France eut, lui aussi,
sa part dans la tourmente : outre les 3 vainqueurs cités
ci-dessus, ce sont plus de 50 coureurs, la plupart modestes
touristes-routiers, qui écrivirent en lettres de feu
et de sang cette page glorieuse de Notre Histoire. Citons-en
quelques-uns : Emile Engel, tué pendant la bataille
de la Marne, Marceau Narcy, le frère d'André et de Camille,
porté disparu le lendemain. Citons aussi René Cottrel,
Jean Perreard, Marius Villette, François Cordier, Frédéric
Rigaux, René Etien, tué sur le Front Oriental pendant
la bataille de Gallipolli ou encore Antony Wattelier.
Citons également Charles Privas, l'excellent Tour de
France 1913, lui aussi porté disparu dans les premières
semaines du conflit. Citons son homonyme Pierre-Gonzague
Privat, devenu un affichiste et caricaturiste de grand
talent, tué 2 jours après la chute de Hourlier et de
Comès. N'oublions pas non plus Henri Alavoine, le frère
du "gars Jean", lui aussi victime d'une chute
d'avion ou encore François Lafourcade, qui sera l'objet
d'une accusation posthume au sujet de l'empoisonnement
dont fut victime Paul Duboc dans le Tour de France 1911.
1918 verra la disparition de
Georges Bronchard, la lanterne rouge du Tour 1906, mort
dans l'ambulance qui le ramenait vers l'arrière, celle
du bel espoir Pierre Vugé, le plus doué d'une grande
fratrie de coureurs cyclistes. Evoquons la mémoire d'Albert
Niepceron, emporté dans les derniers jours du conflit
ou encore celle de Camille Fily, benjamin - pour
longtemps encore, sans nul doute ! - de tous les participants
de l'Histoire du Tour de France, mort au Mont Kemmel
en Belgique en mai 1918.
On
pourrait continuer d'égrener cette pénible liste des
touristes-routiers du Tour mais comment ne pas terminer
par deux grandes figures du sport français qui furent -
peu de temps, il est vrai - coureurs cyclistes mais
connurent la gloire dans d'autres disciplines : Georges
Boillot, qui gagna 60 des 65 courses cyclistes qu'il
disputa, devenu au moment du conflit l'un des meilleurs
-sinon le meilleur- coureurs automobiles du monde, tué
dans un combat aérien le 19 mai 1916 à proximité de
Verdun.
L'ultime grande
figure de ces héros de chez nous est Roland Garros,
sportif ô combien éclectique, et qui fut Champion de
France scolaire et universitaire de cyclisme en 1906.
Il fut abattu avec son avion le 5 octobre 1918 à Vouziers
où l'on peut encore voir sa tombe.
Côté
germanique, si la liste des cyclistes tués au Front
apparaît plus courte, cela semble avoir tenu à une politique
délibérée de l'Etat-Major allemand qui n'envoya que
très parcimonieusement ses athlètes célèbres au Feu,
contrairement aux Alliés. Parmi les cyclistes allemands
tués au combat, citons en premier Bruno Demke, mort
en août 1916 ou encore le grand stayer Willy Honeman,
tué le jour même de l'accident de Hourlier et de Comès
ainsi que son "collègue" Willy Schmitter.
1916 verra disparaître d'autres excellents pistards
allemands : Albert Ritzenthaler, Willy Theiss, Josef
Rieder, Paul Lüders et le 14 avril de cette année-là
Ludwig Opel, le plus jeune des 5 frères dont la
famille n'avait pas encore été anoblie et qui, avant
de fonder la dynastie automobile que l'on connaît, furent
tous les 5 coureurs cyclistes.
N'oublions
pas non plus un autre très bon stayer de l'époque :
Jacob Esser, mort en juillet 1917 tandis que 1918 verra,
entre autres, la disparition de l'excellent routier-pistard
Paul Schulze ainsi que celle d'Albert Eickholl, décédé
à l'hôpital de Düsseldorf des suites de ses blessures
de guerre.
D'autres
pays eurent leurs martyrs cyclistes : l'Italie dont
le coureur le plus connu fut Carlo Oriani, vainqueur
du Giro 1913, emporté par une pneumonie contractée après
qu'il eut plongé dans les eaux glacées du Tagliamento
pour sauver un de ses camarades qui était en train de
se noyer.
Terminons
ce rapide survol par le plus neutre des pays : la Suisse
qui eut, elle aussi, ses héros, malgré sa neutralité.
Emile Guyon, 43è du Tour de France 1914, était né helvétique
mais considérait, à l'instar de François Faber, la France
comme sa seconde Patrie. Au début du conflit, il s'engagea
dans l'Aviation et trouva une mort glorieuse en octobre
1918.
Une étude exhaustive
de cette effroyable période couvrirait aisément un gros
volume mais le cyclisme n'est pas le sport qui a payé
le plus lourd tribut à la Grande Guerre. Le football
et encore plus le rugby viennent largement en tête de
cette sanglante énumération.
Un article d'Eric Dubois.
Mise
à jour du 7 novembre 2006
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Fichier mis à jour le : 23/10/2008 à 7:09
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